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Petite-Île, l'unique îlot de La Réunion et son sanctuaire d'oiseaux

Petite-Île, l'unique îlot de La Réunion et son sanctuaire d'oiseaux

Il y a des lieux qui portent leur secret dans leur nom. Petite-Île, tout au sud de La Réunion, entre Saint-Joseph et Saint-Pierre, s'appelle ainsi à cause d'un rocher posé sur la mer, à quelques dizaines de mètres du rivage. Un caillou de rien du tout, et pourtant c'est lui qui a donné son nom à toute une commune. Si tu es loin de l'île en ce moment, laisse-moi t'y ramener une minute.

Le seul îlot de toute l'île

On l'oublie souvent, mais La Réunion n'a qu'un seul véritable îlot au large de ses côtes, et c'est celui-ci. Les autres rochers qui émergent autour de l'île ne portent aucune végétation, donc on ne peut même pas les appeler des îlots. La Petite Île, elle, est bien vivante. Deux hectares et des poussières, cent cinquante mètres de long, un dos qui monte jusqu'à trente-deux mètres avant de plonger vers le sud-est. Elle se tient face au cap du Fil, là où la ravine de Petite-Île rejoint l'océan.

Le meilleur endroit pour la regarder, ce n'est pas la plage. C'est un peu en hauteur, du côté du Chemin Neuf, sur la petite route départementale. De là, tu la vois entière, cernée d'écume, avec le bleu dur de l'océan Indien derrière. On dirait qu'elle garde l'entrée du Sud.

Un sanctuaire que personne n'habite

Ne cherche pas à y aller. La mer est mauvaise autour du rocher, les requins rôdent, et la traversée à la nage est presque impossible. C'est très bien comme ça, parce que la Petite Île n'appartient pas aux hommes. Elle appartient aux oiseaux. Ses parois blanchies de guano racontent la même histoire depuis toujours : c'est un site de nidification, un refuge pour les oiseaux marins du Sud. Les pailles-en-queues qui dessinent leurs longs traits blancs dans le ciel, les macouas, les puffins fouquets qui rentrent au crépuscule.

Pour cette raison, l'îlot est classé zone naturelle d'intérêt écologique, et protégé par un arrêté de biotope signé par le préfet de La Réunion le 17 février 1986. Autrement dit : on le laisse tranquille. Une île à part, réservée à ceux qui volent.

Une ville à la campagne

La commune, elle, a choisi une devise qui lui ressemble : « Une ville à la campagne ». Ici, on est resté fidèle à la terre. Les premières concessions du Sud remontent à la toute fin de 1727, quand des familles créoles, les Hoarau, les Rivière, les Nativel, sont venues cultiver le café, les fruits et les légumes sur ces pentes. Plus bas, le petit port de Manapany battait son plein au dix-neuvième siècle, on y chargeait le sucre et les coraux ramenés de Grand Bois. Petite-Île a gardé cette âme paysanne, ce goût des choses simples, ces jardins qui descendent vers la mer.

On raconte même qu'un certain Charles Lavergne, propriétaire du rocher, avait un jour tendu un câble et posé une cabine pour franchir le bras de mer qui le sépare de la côte. Il n'en reste rien. La Petite Île a repris son silence, et c'est peut-être ce silence-là qu'on aime.

Garder le Sud près de soi

Quand on grandit dans le Sud sauvage, ce rocher fait partie du décor comme un membre de la famille. On le montre aux cousins de passage, on le photographie mille fois sans jamais s'en lasser. Si ton cœur est resté accroché à cette côte, tu peux ramener l'affiche de Petite-Île chez toi et retrouver, sur ton mur, la silhouette de l'îlot posé sur la mer.

Et si tu veux prolonger la balade le long de cette côte du Sud, va voir aussi Grande Anse et son sable doré, tout près, ou le bassin de basalte de Manapany, ce petit port qui fut si actif autrefois. Trois visages d'une même terre, à retrouver parmi toutes les affiches de La Réunion. Parce que même loin, ton île est là, chaque matin.

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