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Notre-Dame-des-Laves : l'église de Piton Sainte-Rose que la coulée de 1977 a contournée

Notre-Dame-des-Laves : l'église de Piton Sainte-Rose que la coulée de 1977 a contournée

Sur la route de l'Est, entre Sainte-Rose et le Grand Brûlé, il y a un arrêt que presque tout le monde fait. Une petite église aux murs roses, un parvis, et devant ses marches une lave noire et figée, comme une vague qui se serait arrêtée net. C'est Notre-Dame-des-Laves, à Piton Sainte-Rose. Si tu as grandi à La Réunion, tu l'as sûrement vue depuis la banquette arrière d'une voiture, un dimanche, en allant pique-niquer plus loin vers le Sud sauvage. Et si tu vis loin de l'île aujourd'hui, c'est peut-être une de ces images qui reviennent sans prévenir.

Voici l'histoire de cette église, de la coulée d'avril 1977 qui l'a encerclée sans l'emporter, et de ce qu'elle raconte encore, presque cinquante ans plus tard, de la façon dont l'île vit avec son volcan.

Où se trouve l'église Notre-Dame-des-Laves ?

L'église se trouve à Piton Sainte-Rose, un quartier de la commune de Sainte-Rose, sur la Côte-au-vent, à l'est de La Réunion. On y arrive par la route nationale 2, celle qui longe la côte entre Saint-Benoît et Saint-Philippe. Le village est posé au pied du Piton de la Fournaise, mais loin de son sommet : c'est justement ce qui rend son histoire si particulière.

Tout près, l'Anse des Cascades et sa cocoteraie. Au sud, la route entre dans le Grand Brûlé, là où les coulées descendent d'ordinaire jusqu'à l'océan. Notre-Dame-des-Laves est entre les deux, sur la ligne de partage entre l'île habitée et l'île qui se fabrique.

Une église de village, bien avant la lave

L'édifice est construit en 1927 sous le nom d'église de Piton Sainte-Rose, dans un style Art déco. Il est agrandi en 1935. Au milieu du siècle, un cyclone l'abîme si gravement qu'il faut le reconstruire, en gardant ses décors extérieurs. L'église est alors consacrée à l'Enfant-Jésus-de-Prague.

Pendant cinquante ans, c'est une église de quartier comme il y en a tant sur la côte Est : on y vient pour la messe, les baptêmes, les enterrements, les fêtes. Rien ne la destine à devenir l'un des lieux les plus visités de l'île.

Avril 1977 : la coulée qui est sortie de l'Enclos

Une éruption hors norme

Le Piton de la Fournaise entre en éruption presque chaque année, mais presque toujours à l'intérieur de l'Enclos Fouqué, sa grande caldeira en fer à cheval ouverte vers la mer (on t'a raconté pourquoi dans notre article sur le volcan qui prévient). Les géologues de l'Université de La Réunion rappellent que l'immense majorité des éruptions des quatre derniers siècles s'est déroulée dans l'Enclos. Avant 1977, les éruptions dites « hors Enclos » remontaient à 1708, 1774, 1776 et 1800.

En 1977, tout change. L'éruption commence le 24 mars par des fissures à l'intérieur de l'Enclos. Puis, début avril, des fissures s'ouvrent sur le flanc nord-est du volcan, dans les hauts de Sainte-Rose, de plus en plus bas. C'est la première éruption hors Enclos du XXe siècle. Une coulée de lave de type « aa », rugueuse et chaotique, descend vers le village de Piton Sainte-Rose, le traverse et rejoint l'océan le 10 avril, en plein week-end de Pâques.

Le soir où la lave a touché l'église

Quelques jours plus tard, une nouvelle avancée de lave entre dans le village. Elle entoure la gendarmerie, coupe la route nationale et atteint l'église dans la soirée, vers 19 h 15 selon les récits de l'époque. Le portail brûle, des vitraux éclatent sous la chaleur. La lave pénètre dans la nef sur à peine quelques mètres, puis s'arrête. Le reste de la coulée contourne le bâtiment et continue sa route jusqu'à la mer.

L'éruption s'achève vers la mi-avril. Grâce à l'évacuation préventive du village, elle ne fait aucune victime. Le bilan matériel est lourd : une trentaine de maisons et la gendarmerie détruites, la route coupée, environ 290 hectares de terres cultivées recouverts. Le millier d'évacués est accueilli dans des dortoirs de fortune, et les archives télévisées de l'INA gardent les images de familles qui chargent leurs biens dans des remorques.

Cette éruption convainc les autorités et les scientifiques de créer, en 1979, l'Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise (OVPF), qui surveille le volcan jour et nuit depuis.

« Miracle » ou physique de la lave ?

Pour beaucoup de Réunionnais, ce qui s'est passé ce soir-là tient du miracle. L'église a pris progressivement le nom de Notre-Dame-des-Laves, et le lieu est devenu un lieu de prière et de pèlerinage. Les guides de la côte Est le racontent avec un sourire : la légende veut que la lave se soit arrêtée à la porte, et les scientifiques ont, eux, une explication plus terre à terre.

Une coulée de type « aa » avance lentement, en roulant sur sa propre croûte. Elle suit la pente et s'écoule là où le terrain l'appelle. Le relief, un mur ou un talus peuvent suffire à la dévier, et une coulée qui ralentit refroidit, épaissit, puis se fige. Rien de tout ça n'enlève la force de l'image : un village détruit autour d'une église restée debout. Chacun y lit ce qu'il porte en lui, la foi, la chance ou la puissance tranquille du volcan.

Ce qu'on voit aujourd'hui à Notre-Dame-des-Laves

La lave sur le parvis

La lave de 1977 est toujours là, devant l'église et à l'entrée de la nef. L'escalier qui mène à la porte a été façonné dans la lave qui avait encerclé l'édifice. On marche sur la coulée pour entrer, et c'est sans doute ce geste-là qui reste le plus longtemps en mémoire.

Les vitraux de Guy Lefèvre

À l'intérieur, les vitraux racontent la coulée. Ils sont l'œuvre du vitrailliste réunionnais Guy Lefèvre. En fin d'après-midi, quand le soleil passe à travers, la lumière rouge et orangée rappelle sans rien dire ce que le village a vécu.

Où est la Vierge au parasol ?

C'est l'une des questions que les visiteurs posent le plus. La Vierge au parasol, statue longtemps installée dans le Grand Brûlé, au bord de la route des Laves, a dû être retirée dans les années 2000 parce que la lave menaçait de l'ensevelir. Elle est aujourd'hui abritée dans l'église Notre-Dame-des-Laves. Les deux histoires de la Côte-au-vent se retrouvent sous le même toit.

Où voir la coulée de 1977 ?

Depuis le village, le chemin de l'église puis une piste descendent vers le bord de mer, où la coulée est restée presque intacte. On y lit encore sa largeur au moment où elle a rencontré l'océan. Selon les géologues de l'Université de La Réunion, la lave arrivée à la mer a formé un delta d'environ 12,5 hectares, que l'érosion a d'abord réduit d'un tiers avant qu'il ne se stabilise. Quelques filaos et quelques plantes ont recolonisé la roche : la nature reprend sa place, lentement.

Une église qui a besoin qu'on prenne soin d'elle

Notre-Dame-des-Laves a résisté à la lave, mais le temps et le climat de la côte Est la fatiguent. En juillet 2026, Ouest-France décrivait une façade défraîchie, des murs lézardés tachés par l'humidité, certains vitraux détériorés et une toiture qui fuit. La commune de Sainte-Rose et l'évêché cherchent à financer sa restauration, et un projet porté par la commune figure à la Fondation du patrimoine : reprise des bétons, réfection de la toiture et restauration des façades.

C'est peut-être ce qui la rend si attachante : ce n'est pas un monument figé, c'est une église de village qui continue de vivre, avec ses fidèles, ses visiteurs du dimanche et ses fissures.

Vivre avec le volcan, une mémoire réunionnaise

Ce début octobre 2026, l'OVPF maintient le volcan en vigilance : la sismicité sous le sommet remonte, sans éruption. Pour les habitants de l'Est, c'est un rythme familier. On regarde les bulletins, on écoute la radio, on attend. Notre-Dame-des-Laves rappelle que le volcan ne se contente pas de faire de belles images depuis le Pas de Bellecombe : il est un voisin, parfois envahissant, avec qui l'île a appris à composer.

Pour ceux qui sont partis, cette église dit quelque chose de simple. Qu'on vient d'une terre vivante, qui bouge, qui brûle et qui repousse. Et que certaines choses restent debout quand tout autour change.

Garder le volcan et la côte Est près de soi

Il n'y a pas d'affiche Univile de Notre-Dame-des-Laves. Mais tout ce qui l'entoure a sa place sur un mur. L'affiche Piton de la Fournaise pose le volcan lui-même, celui qui a envoyé la coulée. L'affiche Route des Laves raconte le Grand Brûlé, juste au sud du village, et Coulée 2026 garde la part de feu de la dernière éruption arrivée à l'océan. Pour la douceur de la Côte-au-vent, l'affiche Anse des Cascades apporte l'eau, les cocotiers et le vert.

Accrochées ensemble, elles composent un petit voyage sur la route de l'Est, du sommet jusqu'à la mer. Si tu veux aller plus loin dans l'histoire de la lave, lis aussi notre récit sur la route des Laves et celui sur les tunnels de lave.

Au fond, Notre-Dame-des-Laves ne se visite pas en dix minutes. On s'y arrête, on pose le pied sur la lave froide, et on repart avec un peu de la Côte-au-vent en soi. Ce morceau-là, tu peux le garder chez toi.

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