Sur le promontoire de l'Atalaye, il y a quatre siècles, un homme passait ses journées à fixer l'horizon. Il attendait un signe : le jet d'écume, le souffle d'une baleine remontant le golfe de Gascogne. Aujourd'hui, au même endroit, d'autres guettent la mer, une planche sous le bras. Entre les deux, Biarritz a changé trois fois de destin. La houle, elle, n'a jamais changé.
On croit connaître Biarritz : les palaces, la Grande Plage, les surfeurs à la Côte des Basques. On oublie que cette ville du Pays basque, posée sur l'Atlantique à moins de vingt-cinq kilomètres de l'Espagne, fut d'abord un simple village de pêcheurs. Résumer l'histoire de Biarritz, c'est raconter cette bascule permanente : la mer a d'abord nourri ses habitants, puis les a rendus célèbres, sans jamais cesser d'être le vrai souverain des lieux.
Le temps où l'on guettait les baleines
Avant les rois, il y avait les cétacés. Un document du 26 mai 1342 atteste déjà de l'activité maritime des Biarrots, et la chasse à la baleine franche de l'Atlantique nord tenait la première place. Depuis le promontoire de l'Atalaye, de jour comme de nuit, un guetteur scrutait le large. Dès qu'un souffle apparaissait, les baleinières mouillées au Vieux-Port s'élançaient, harponnaient, puis ramenaient la bête pour la dépecer.
Le nom même de la ville en garde la trace. L'origine gasconne « Beiarids » signifierait « point de vue sur la falaise », ce belvédère d'où l'on annonçait l'arrivée des baleines. La dernière prise remonte au 2 ou 3 mars 1686. Après elle, le silence : les baleines ont déserté, et le village a dû se réinventer.
Quand un couple impérial en fait la reine des plages
Le second destin de Biarritz arrive au XIXe siècle, avec la mode des bains de mer. L'impératrice Eugénie, qui aimait cette côte depuis l'enfance, convainc son époux Napoléon III. Le couple impérial y séjourne à l'été 1854, et l'empereur décide d'y bâtir une résidence, la Villa Eugénie, devenue depuis l'Hôtel du Palais.
La présence des souverains change tout. Le gotha européen suit, les têtes couronnées affluent, l'aristocratie russe fait construire son église orthodoxe. On forge alors la formule qui colle encore à la ville : « la reine des plages et la plage des rois ». Napoléon III crée sa station à partir du village existant un peu comme Louis XIV avait inventé Versailles. De la Belle Époque aux Années folles, cette ferveur mondaine ne faiblira pas, jusqu'à la crise de 1929 : Biarritz devient l'une des grandes destinations d'Europe, une histoire de villégiature autant que de mer.
Pourtant, sous les palaces, les crampottes des pêcheurs sont restées au Port-Vieux, petites maisons chaulées aux volets colorés. La strate populaire n'a jamais disparu sous la strate mondaine.
Le Rocher de la Vierge, un rêve de port
C'est encore Napoléon III qui laisse à Biarritz son emblème le plus célèbre. Sur son initiative, on perce le Rocher de la Vierge pour en faire la base d'un projet de port-refuge, qui ne verra jamais le jour. En 1865, une statue de la Vierge, achetée à l'exposition franco-espagnole de Bayonne, y est installée. L'ancienne passerelle de bois cède la place en 1887 à une passerelle métallique, qu'on déconseille encore d'emprunter par gros temps, quand l'Atlantique reprend ses droits. Le rocher est devenu l'emblème de la ville et l'un des hauts lieux de son tourisme, ce promontoire d'où le regard embrasse la côte basque jusqu'à l'Espagne.
Un peu plus haut veille le phare de Biarritz, à la pointe Saint-Martin. Sa construction, décidée dès 1794, ne commence qu'en 1830, et il s'allume le 1er février 1834. Par temps clair, son regard porte jusqu'à cent cinquante kilomètres, de la côte landaise aux reliefs des Pyrénées.
1956, une planche venue de Californie
Le troisième destin de Biarritz est le plus inattendu. En 1956, le scénariste américain Peter Viertel, venu tourner un film sur la côte, fait acheminer une planche de surf depuis la Californie et se met à l'eau à la Côte des Basques. L'Europe découvre le surf, et Biarritz en devient le berceau. Le club Waïkiki naît en 1959, la première compétition internationale se tient sur la Grande Plage le 24 juillet 1960, et les premiers championnats de France couronnent Joël de Rosnay quelques semaines plus tard.
Le faste impérial et la contre-culture californienne : Biarritz a réussi ce grand écart sans jamais changer d'océan. La même vague qui portait les baleinières porte désormais les longboards.
Garder Biarritz près de soi
Ce qui relie le guetteur de 1686, l'impératrice de 1854 et le surfeur de 1956, c'est un même geste : se tourner vers le large et attendre ce qu'il apporte. Biarritz n'est pas une carte postale de vacances, c'est une ville qui écoute la houle depuis toujours. Notre affiche de Biarritz essaie de retenir cela : la lumière de l'Atlantique sur les falaises ocre, l'écume au pied du rocher.
Si tu aimes ces bouts de France qui regardent la mer, tu retrouveras la même émotion du côté du Cap Fréhel, l'autre extrémité bretonne posée face à l'Atlantique. Et pour ramener chez toi un morceau de ces rivages, il y a toute la collection des affiches de France. Parce qu'un lieu qu'on aime, on aime le garder devant les yeux, même loin.