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Trois-Bassins, le village suspendu entre l'océan et les Hauts de La Réunion

Trois-Bassins, le village suspendu entre l'océan et les Hauts de La Réunion

Il y a des villages qu'on ne visite pas vraiment, qu'on traverse. Trois-Bassins est de ceux-là. On monte, on descend, la route tourne, et soudain te voilà suspendu à mi-versant, entre le lagon que l'on devine tout en bas et les crêtes qui se perdent dans le bleu, tout en haut. Ni la côte, ni les Hauts. Le seuil, exactement. Et c'est là, dans cet entre-deux, que se cache toute son âme.

Du battant des lames au sommet des montagnes

Les géographes ont une belle formule pour Trois-Bassins : « l'exemple même d'une commune constituée du battant des lames au sommet des montagnes ». Comprends une commune qui commence les pieds dans l'océan Indien, au sud-ouest, et qui grimpe, grimpe encore, jusqu'à toucher le Grand Bénare, à 2 898 mètres. Entre les deux, tout un versant se déplie : le littoral, les mi-pentes habitées, puis la forêt et les crêtes.

Sa devise dit la même chose en trois mots : « Toujours plus haut ». On la comprend mieux quand on regarde le village s'accrocher à la pente, coincé entre les hauteurs de Saint-Paul au nord et Saint-Leu au sud. Ici, on ne vit jamais tout à fait à plat. On vit incliné vers le ciel.

Trois bassins, une ravine, un nom

Le nom vient de trois grands bassins nichés dans une ravine, repérés par les premiers habitants venus de Fort-Dauphin. Ces bassins sont asséchés depuis longtemps, et les historiens soupçonnent même une vieille erreur de carte : il se serait agi, à l'origine, des bassins de la ravine Saint-Gilles, celle des Trois-Bassins restant d'un accès trop difficile pour qu'on aille vraiment y voir.

Ce détail dit beaucoup du lieu. Trois-Bassins porte le nom d'une eau qui n'est plus là, dans une île où l'eau ne coule pas partout. Son histoire est celle d'un versant qu'il a fallu apprivoiser sans elle : le manque d'eau, le relief, l'absence de routes ont longtemps freiné les hommes. On s'accroche autrement, à la lumière, à la terre, à la pente.

Le versant qui a tout porté

Cette pente a tout porté, tour à tour. D'abord le café, qui enrichit les propriétaires avant de décliner à la fin du XVIIIe siècle. Puis la canne à sucre, tardive, difficile, qui n'arrive qu'à la fin des années 1820 et finit par tracer les premières vraies routes. À l'abolition de l'esclavage, les affranchis remontent encore plus haut et peuplent Trois-Bassins les Hauts, ce monde d'altitude où l'on recommence sa vie plus près des nuages.

Vint ensuite le géranium, ce parfum qui a fait la réputation des Hauts de l'Ouest. On le distillait sur place, on brûlait le bois de la forêt pour cela, et le versant en garde encore la mémoire. Aujourd'hui, les anciens champs de géranium sont devenus des pâturages où paissent les bœufs, dans une lumière rase de fin d'après-midi qui remonte doucement la pente. La commune, elle, n'est née qu'en 1897, quand ses habitants ont voulu cesser de dépendre de Saint-Leu et exister par eux-mêmes. Une manière, déjà, de viser toujours plus haut.

Ce que l'affiche garde

Trois-Bassins n'a pas de carte postale évidente, pas de plage célèbre ni de sommet que tout le monde photographie, comme peut l'avoir le littoral de l'Ouest voisin. Et pourtant, c'est souvent ce genre de lieu qu'on garde le plus fort au fond de soi : le village de mi-pente où l'on est né, la maison des grands-parents accrochée au versant, la route qui monte vers les Hauts.

C'est ce seuil-là que l'affiche de Trois-Bassins ramène chez toi : le versant entier, du battant des lames au sommet des montagnes, cette île tenue debout entre la mer et le ciel. Si tu veux prolonger le voyage, toutes nos affiches de La Réunion t'attendent, un morceau de là-bas à la fois.

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