Direkt zum Inhalt
Nos styles
Nos artistes
World Art
Produits dérivé
La Route des Laves, le Grand Brûlé où l'île se fabrique

La Route des Laves, le Grand Brûlé où l'île se fabrique

Il y a un endroit, au sud-est de l'île, où la route ne traverse pas un paysage : elle traverse une histoire. Tu roules sur la RN2, entre Sainte-Rose et Saint-Philippe, et d'un coup les champs de canne s'effacent. À leur place, une étendue noire, figée, qui descend vers l'océan. C'est le Grand Brûlé. Et la portion qui le coupe, tout le monde ici l'appelle la Route des Laves.

En ce moment, le Piton de la Fournaise se repose. Pas d'éruption, pas de rougeoiement la nuit au-dessus de l'Enclos. C'est presque un paradoxe : c'est justement quand le volcan se tait qu'on peut aller lui rendre visite. Marcher au bord de ses coulées, poser la main sur la roche qui, il n'y a pas si longtemps, était du feu. Le repos du volcan, ce n'est pas rien. C'est une invitation.

Ce qui frappe, la première fois, c'est le silence des couleurs. Un noir mat, profond, qui avale la lumière au lieu de la renvoyer. La lave refroidie ne ressemble à rien d'autre. On la retrouve plus au sud, au Cap Méchant, où elle affronte l'océan en falaises et en souffleurs, mais ici, sur la route, elle s'étale à plat, sans témoin, juste toi et elle. Par endroits elle est lisse et cordée, comme une eau qui aurait durci en pleine vague. Ailleurs elle est hérissée, cassante, impossible à fouler. Tu comprends, en la regardant, que l'île n'est pas un décor posé une fois pour toutes. Elle se fabrique. Sous tes pieds, littéralement.

Le plus beau, c'est que rien ne reste noir longtemps. Le Grand Brûlé porte un nom de fin du monde, mais c'est un lieu de recommencement. Regarde bien : dans les fissures de la lave la plus ancienne, des fougères se sont glissées. Des faux-poivriers ont poussé, un peu insolents, sur un sol qui n'aurait pas dû les accueillir. La vie revient toujours, elle prend son temps, elle avance coulée par coulée. Et si tu apprends à lire le paysage, tu peux presque dater ce que tu vois : la lave encore nue est jeune, celle qui verdit est plus vieille, celle qui porte déjà des arbres remonte à loin. C'est comme les cernes d'un tronc, sauf que là, ce sont les âges d'une île entière qui s'étalent devant toi.

Et puis il y a l'église. À Piton-Sainte-Rose, Notre-Dame-des-Laves. En 1977, une coulée est descendue jusqu'au village, elle a avancé dans les rues, et elle a contourné l'église. Elle est entrée par une porte, dit-on, et repartie sans emporter le bâtiment. Les gens d'ici, ceux de Sainte-Rose, la même commune que l'Anse des Cascades et sa cocoteraie, te raconteront cette histoire les yeux brillants, parce qu'elle dit quelque chose de profond sur la manière dont on vit avec ce volcan : pas contre lui, avec lui. On ne combat pas la Fournaise. On apprend sa langue, on connaît ses colères, et on garde la mémoire de ce qu'elle a épargné.

C'est peut-être ça, le vrai cadeau de la Route des Laves. Elle ne te montre pas une catastrophe, elle te montre une relation. Celle d'un peuple avec sa terre vivante. Pour beaucoup d'entre nous partis loin, cette image-là, celle du volcan calme et de la lave qui reverdit, c'est un morceau d'appartenance. C'est l'île qui continue de respirer, même quand on n'est pas là pour la regarder.

Le Piton de la Fournaise, tu peux le garder près de toi, encadré, comme on garde une présence plus qu'une image. Ce n'est pas de la décoration : c'est un bout de là-bas, le volcan qui a bâti l'île, accroché à ton mur. Et si tu veux te composer tout un pan de pays, les affiches de La Réunion racontent la même chose, chacune à sa façon : les lieux qui comptent, ceux qui te tiennent debout même à des milliers de kilomètres.

La prochaine fois que tu descendras vers le sud-est, ralentis en arrivant sur le Grand Brûlé. Coupe la musique. Regarde le noir, puis cherche le vert. Tu verras l'île en train de naître, tranquillement, pendant que le volcan reprend son souffle.

Einen Kommentar hinterlassen
Bitte beachten Sie, dass Kommentare genehmigt werden müssen, bevor sie veröffentlicht werden.