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Saint-Malo, la ville que la mer reprend deux fois par jour

Saint-Malo, la ville que la mer reprend deux fois par jour

Il y a des villes qu'on visite. Saint-Malo, on la guette. On regarde d'abord la mer, parce que c'est elle qui décide. Deux fois par jour, elle monte contre les remparts, avale les plages, isole les îlots, puis se retire et rend tout ce qu'elle avait pris. Tu ne possèdes jamais Saint-Malo tout à fait, la mer en reprend une part chaque matin et chaque soir.

Une ville que la marée enferme et libère

Dans cette baie triangulaire coincée entre la Bretagne et le Cotentin, le marnage, l'écart entre la mer basse et la mer haute, peut atteindre quatorze mètres. C'est plus du double de ce que connaît le reste de l'Atlantique. Quatorze mètres, c'est un immeuble de quatre étages d'eau qui s'en va et qui revient, sans se presser, chaque jour de l'année.

C'est cette respiration démesurée qui a donné à l'homme l'idée de barrer la Rance, à deux pas, pour en faire de l'électricité. Mais avant d'être une force qu'on dompte, la marée à Saint-Malo est un spectacle qu'on vient attendre. Aux grandes marées d'équinoxe, les Malouins sortent sur le Sillon, écharpe au vent, pour regarder les vagues cogner le parapet de granite. On ne vient pas voir la mer. On vient la sentir décider à notre place.

Derrière les remparts, une ville qui a failli disparaître

Les remparts, on croit qu'ils protègent de l'ennemi. À Saint-Malo, ils tiennent aussi la ville debout contre l'océan. C'est un évêque, Jean de Châtillon, qui a doté la cité de ses premières murailles, quand on l'appelait encore Saint-Malo-de-l'Île. On marchait déjà, à l'époque, sur ce chemin de ronde d'où l'on voit à la fois les toits serrés et le large.

Ce qu'on oublie, en flânant sur ces remparts, c'est que la ville qu'ils encerclent a bien failli ne plus exister. En août 1944, pendant la libération, les bombardements et les incendies ont détruit quatre-vingts pour cent de la vieille cité intra-muros. Presque tout. Ce que tu regardes aujourd'hui, ces hautes maisons d'armateurs en granite, ces ruelles droites qui débouchent sur le ciel, c'est une ville relevée pierre après pierre, dans les années qui ont suivi, pour lui rendre son visage d'avant. Saint-Malo est une survivante qui a choisi de se ressembler.

La ville des corsaires et d'un enfant qui voulait dormir face au large

On l'a appelée la cité corsaire, et ce n'est pas une légende de dépliant. D'ici sont partis Duguay-Trouin, puis Surcouf, ces marins que le roi autorisait à courir sus aux navires ennemis. Saint-Malo a vu naître des navigateurs, des explorateurs, des hommes qui ont donné le nom de leur ville à des caps lointains, jusque de l'autre côté de l'Atlantique. Toute la façade regarde vers le départ.

Et puis il y a l'enfant du pays, celui qui a préféré revenir. François-René de Chateaubriand est né ici en 1768. Toute sa vie, il a porté en lui le bruit de cette mer. Il a voulu être enterré non pas à Paris, où il est mort en 1848, mais sur le Grand Bé, ce petit îlot au pied des remparts qu'on rejoint à pied quand la mer se retire. Une tombe sans nom, tournée vers le large, que la marée coupe du monde deux fois par jour. Il faut regarder l'heure de la mer avant d'y aller, sinon on reste prisonnier de l'îlot, ou du rivage. Même mort, il a voulu rester à la merci des marées.

Le bout d'une même côte

Saint-Malo n'est pas seule. Elle ouvre la Côte d'Émeraude, cette bande de littoral que ferme, à l'ouest, le grès rose du cap Fréhel. En face, de l'autre côté de la Rance, Dinard aligne ses villas. Et un peu plus loin, dans la même baie, une autre silhouette monte de l'eau aux grandes marées, celle du Mont Saint-Michel. Toute cette côte vit au rythme d'une même mer qui monte haut et se retire loin.

C'est peut-être ça, garder Saint-Malo près de soi. Non pas une carte postale de remparts au soleil, mais le souvenir d'une ville qui appartient à la mer autant qu'aux siens, une ville qu'on a relevée parce qu'on l'aimait, et qui continue de se laisser cerner chaque jour sans jamais se rendre. Une affiche de Saint-Malo sur ton mur, c'est ce rythme-là que tu ramènes chez toi.


Ces lieux de bord de mer te parlent ? Retrouve la France qui compte, en art mural.

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