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Maison Carrère, rue de Paris : la case créole de ville qui raconte Saint-Denis

Maison Carrère, rue de Paris : la case créole de ville qui raconte Saint-Denis

Il y a des rues qu'on ne traverse pas, on les remonte. À Saint-Denis de La Réunion, la rue de Paris, celle de la Maison Carrère, est de celles-là. Elle part de la Colonne de la Victoire, face à l'ancien hôtel de ville, et monte en pente douce jusqu'au Jardin de l'État, entre deux rangées de grandes cases créoles, de barreaux et de jardins. Si tu as grandi à La Réunion, ou si tu y as laissé une partie de toi, tu connais ce moment de fin de journée où la ville se vide, où les lampadaires s'allument et où les façades blanches et grises reprennent leur place. Au numéro 14, l'une d'elles ouvre ses portes à tout le monde, et c'est par elle qu'on va commencer.

Voici l'histoire de cette case de ville, ce qu'elle dit de la façon d'habiter Saint-Denis, et pourquoi elle parle si fort à ceux qui vivent loin de l'île.

La rue de Paris, l'axe qui a changé de nom avec l'histoire

Avant d'être la rue de Paris, elle fut la Grande rue des premiers temps de Saint-Denis, puis la rue Royale, nom qu'elle porte sur un plan de 1777, puis la rue Impériale en 1810. Elle prend son nom actuel en 1848. Ses noms successifs suivent les régimes de la France, mais la rue, elle, garde son rôle : c'est l'axe le plus prestigieux de la ville, celui où les familles aisées de la colonie bâtissent leurs demeures.

En la remontant, les maisons remarquables se succèdent, la plupart protégées aujourd'hui au titre des Monuments historiques. Sur le même trottoir que la Maison Carrère se trouvent le musée Léon-Dierx (ancienne maison Manès, au 28) et l'Artothèque (au 26). En face, la villa Déramond-Barre (au 15), maison natale de Raymond Barre. Plus haut, au 39, une autre case blanche cachée derrière son jardin : l'ancienne propriété de Boisvilliers, devenue la Villa Angélique. Les guides de l'office de tourisme conseillent souvent de venir en fin d'après-midi, quand la cohue retombe et qu'on peut enfin flâner.

La Maison Carrère : une case qui a grandi avec sa famille

D'une maison basse à une façade de notable

Dans les années 1820, il y a déjà ici une maison en bois à simple rez-de-chaussée, coiffée d'un toit à quatre pans percé de lucarnes. Derrière, des dépendances disposées en U ferment une arrière-cour intime. La maison est longtemps connue sous le nom de maison Bédier.

Tout change en 1905. Raphaël Carrère, négociant en sucre et homme d'affaires important de la colonie, s'y installe avec sa femme Amélie et leurs filles. Il transforme profondément la demeure et la surélève d'un étage : en 1908, la façade que l'on voit aujourd'hui est née. À l'étage, des chambres spacieuses pour les enfants. Sur la rue, un nouveau portail et l'emplacement d'un garage, signe d'une époque qui change (le bâtiment qui longe la rue avait d'abord servi d'écurie). Ces embellissements sont les derniers réalisés rue de Paris. Ils referment plus d'un siècle d'urbanisme le long de l'avenue.

Ce qu'il faut regarder sur la façade

Au rez-de-chaussée, une varangue fermée de fines menuiseries, à laquelle on accède par quelques marches. À l'étage, cinq fenêtres élancées rythmées de pilastres, couronnées d'une architrave. Deux auvents métalliques protègent du soleil et des pluies, soulignés de lambrequins. Et sur une partie des murs, des bardeaux en bois de tamarin, ces petites planches taillées et posées une à une par le bardeautier pour rendre la maison étanche.

Les couleurs ne sont pas un hasard. Lors de sa restauration, achevée en 2009, la maison a retrouvé un duo gris et blanc, très en vogue au début du XXe siècle sur les cases créoles. La notice des Monuments historiques le souligne : depuis 1908, la maison a peu changé, et ses dispositions intérieures comme une bonne partie de ses décors racontent fidèlement le cadre de vie de cette époque.

Une case qui se visite

Inscrite en totalité à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 22 octobre 1998, avec son jardin, ses annexes, ses murs de clôture et son portail, la Maison Carrère appartient depuis 2001 à la CINOR. La maison Carrère abrite l'office de tourisme intercommunal du Nord, et c'est un bon point de départ pour découvrir la rue de Paris à pied, en visite libre ou guidée. Le rez-de-chaussée accueille le public et des expositions sur l'histoire de l'île, le mobilier d'époque et l'architecture des maisons créoles. C'est l'une des rares grandes cases de la rue de Paris où l'on peut entrer sans rendez-vous, un petit voyage dans le temps, alors que la plupart restent privées ou réservées à des administrations.

Lire une case créole de ville, du barreau à l'arrière-cour

Qu'est-ce qui fait une maison créole typique ? Moins un style qu'une manière d'habiter, en couches successives, de la rue vers l'intime. La Maison Carrère en est un bon livre ouvert.

  • Le barreau : le portail sur la rue. C'est le premier seuil, celui où l'on accueille les personnes étrangères à la maison. On ne franchit pas un barreau sans y être invité.
  • Le jardin de devant : un sas de verdure entre la rue et la case. À la Maison Carrère, on y croise frangipaniers, manguiers, palmiers, plantes aromatiques et ornementales.
  • La varangue : la pièce entre dehors et dedans, là où l'on reçoit les amis, où l'on parle, où l'on prend le frais.
  • L'arrière-cour : les dépendances le long des murs de clôture, avec la cuisine créole séparée de la maison, autrefois domaine des domestiques.

Si tu veux décoder plus finement la varangue, les lambrequins et le guétali, on a raconté tout ce langage dans notre article sur l'histoire des cases créoles de La Réunion. Ici, ce qui compte, c'est la ville : la case de rue de Paris est une case de notable, posée sur une parcelle étroite, qui montre sa façade et protège sa vie derrière ses murs.

La Villa Angélique, l'autre case blanche de la rue

Au 39 rue de Paris, la propriété de Boisvilliers est inscrite aux Monuments historiques depuis le 29 mars 1996. La protection porte sur la maison d'habitation, le mur de clôture et son barreau, les dépendances et le jardin. La notice officielle la décrit comme représentative des demeures bourgeoises du XIXe siècle à Saint-Denis. Elle est devenue en 2011 un hôtel, la Villa Angélique. Façade blanche aux menuiseries ouvragées, palmiers, bougainvillier : c'est l'image que beaucoup gardent de la rue de Paris, celle d'un patrimoine où la pierre, le bois et le jardin se répondent.

Pourquoi la case de ville parle à ceux qui sont partis

On pense souvent aux Hauts quand on parle de racines, aux cirques, aux petites cases colorées comme à Hell-Bourg, le village créole de Salazie. Mais pour beaucoup de Dionysiens, le premier chez-soi, c'est la ville : la case d'une grand-mère en centre-ville, un barreau qu'on poussait en rentrant de l'école, une varangue où l'on attendait que la pluie passe. La rue de Paris rassemble tout ça en un seul trajet. On y retrouve les mêmes gestes, les mêmes seuils, à une autre échelle.

C'est aussi pour ça que ces maisons comptent quand on vit à Paris, à Lyon ou à Montréal. Une case créole, c'est une manière d'accueillir, une façon de passer du dehors au dedans. On peut l'emporter avec soi bien plus facilement qu'on ne le croit.

Garder un morceau de la rue de Paris près de soi

Deux affiches Univile Original sont nées de cette rue. L'affiche Maison Carrère montre la demeure depuis son jardin : la fontaine de pierre au premier plan, la varangue fermée, les lambrequins et les palmiers qui montent vers un ciel bleu profond. L'affiche Case Angélique saisit la façade blanche de la Villa Angélique dans son écrin tropical, avec l'éclat fuchsia du bougainvillier.

Accrochées ensemble, elles composent une petite promenade rue de Paris, de part et d'autre de l'avenue. Et si tes racines sont plutôt dans les Hauts, l'affiche Case Hell-Bourg fait le lien entre la case de ville et la case de cirque. Pour accorder plusieurs lieux sur un même mur, notre méthode pour composer un mur de La Réunion te donnera les bons repères.

Au fond, la rue de Paris ne se visite pas seulement. Elle se remonte, comme on remonte un souvenir, d'un barreau à l'autre. Et ce chemin-là, tu peux le garder chez toi.

Voir toutes les affiches de La Réunion

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