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Sainte-Victoire : la montagne peinte 87 fois par Cézanne

Sainte-Victoire : la montagne peinte 87 fois par Cézanne

Quatre-vingt-sept fois. C'est le nombre de fois où Paul Cézanne a posé son chevalet devant la même montagne, à l'est d'Aix-en-Provence, sans jamais réussir à la tenir tout à fait. Quatre-vingt-sept œuvres pour un seul massif de calcaire, comme si à chaque fois la lumière avait bougé, comme si la Sainte-Victoire refusait de se laisser finir.

Il faut la voir une fois pour comprendre. La montagne Sainte-Victoire n'est pas la plus haute de Provence. Son vrai sommet, le pic des Mouches, culmine à 1 011 mètres, mais ce n'est pas celui qu'on regarde depuis Aix. Celui qu'on voit, c'est la Croix de Provence, à 946 mètres, une longue crête blanche posée à l'horizon comme une vague de pierre qui aurait figé en plein mouvement. Le massif s'étire sur près de dix-huit kilomètres. Du calcaire, rien que du calcaire, et pourtant chacun a l'impression que cette forme-là lui appartient un peu.

Cézanne est né à Aix en 1839, il y est mort en 1906, et entre les deux il n'a jamais vraiment quitté cette montagne des yeux. On l'a appelé le père de l'art moderne, mais lui se levait le matin, montait à son atelier des Lauves ouvert à partir de 1902, et regardait encore le même relief. Ce qu'il cherchait n'était pas la montagne. C'était sa lumière. Le calcaire de la Sainte-Victoire change de couleur toute la journée, il vire du blanc au rose, puis à l'ocre quand le soleil descend, et cette lumière-là ne se laisse jamais attraper deux fois pareil. Un peintre peut y passer sa vie. Cézanne l'a fait.

Une montagne qui bouge sous une apparence d'éternité

Le plus troublant, c'est qu'il la peignait comme l'image même de l'immobile, alors qu'elle n'a jamais cessé de bouger. La Sainte-Victoire est le vestige d'une très ancienne montagne, contemporaine des dinosaures du Crétacé, dont les flancs abritent encore des gisements d'œufs fossilisés mondialement connus, du côté de Beaurecueil. Elle a été plissée, soulevée, usée par des millions d'années. Ce que Cézanne prenait pour l'éternité était en réalité un instant très long dans la vie d'une roche.

Elle est vivante d'une autre manière aussi. Le 28 août 1989, un incendie parti de travaux de débroussaillement a ravagé plus de 5 000 hectares entre le barrage de Bimont et Pourrières. La montagne a brûlé, puis elle a reverdi, lentement, obstinément. Aujourd'hui classée Grand Site de France, elle reste ce paradoxe magnifique, un lieu qu'on croit immuable et qui a pourtant failli partir en fumée. C'est peut-être pour ça qu'on tient tant à en garder une image près de soi.

Un lieu qui appelle les regards

Cézanne n'a pas été le seul à tomber sous le charme. Bien après lui, Picasso a acheté le château de Vauvenargues, au pied même de la montagne, pour y installer un atelier entre 1959 et 1962. Il y est enterré. Comme si ce relief exerçait une attraction sur ceux qui passent leur vie à regarder, à cadrer, à choisir ce qui mérite d'être fixé. La Sainte-Victoire est de ces lieux qui ne demandent pas qu'on les visite, mais qu'on les contemple.

Et c'est exactement ce que fait une affiche. Elle ne résume pas une montagne, elle en retient un instant de lumière, celui qu'on a envie de retrouver chaque matin en levant les yeux. Notre affiche de la Sainte-Victoire essaie de capter cette crête calcaire à l'heure où elle rosit, ce moment précis que Cézanne poursuivait sans fin. Pour ceux qui aiment le versant plus intime du massif, du côté de l'eau, il y a aussi l'affiche du barrage de la Sainte-Victoire, où la montagne se reflète.

Aix est aujourd'hui l'une des destinations qui font rêver la France entière, et la Sainte-Victoire en reste le visage. Mais la vraie raison pour laquelle on la garde en tête n'a rien à voir avec une liste de villes à la mode. C'est plus simple, et plus ancien. Un homme a passé sa vie à regarder cette montagne sans jamais la finir, et depuis, on la regarde un peu à travers ses yeux. Ramener chez soi la Sainte-Victoire, ce n'est pas accrocher un paysage de Provence. C'est garder près de soi la preuve qu'un lieu peut valoir une vie entière de regards, et qu'il suffit parfois d'un mur, dans son salon, pour continuer à la contempler.


Certains lieux valent qu'on les regarde toute une vie. Retrouve les tiens en affiche.

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