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Le chant des baleines à bosse à La Réunion : septembre, le mois des baleineaux

Le chant des baleines à bosse à La Réunion : septembre, le mois des baleineaux

Il y a un mois de l'année où, si tu tends l'oreille depuis un bateau au large de l'Ouest, tu entends quelque chose qui ne ressemble à rien d'autre. Une longue plainte grave, montée des profondeurs, qui traverse la coque et te reste dans la poitrine. Septembre, à La Réunion, c'est le mois où le lagon devient une nurserie et où l'océan se met à chanter. Les baleines à bosse sont là, tout près, et parmi elles, des mères et leurs petits.

On parle souvent des baleines à bosse comme d'un spectacle. Ici, on aimerait t'en parler autrement : comme d'un lien. Celui d'une île qui, chaque hiver austral, redevient le berceau des géantes. Parmi tous les cétacés qui passent au large de La Réunion, la baleine à bosse est celle qui, en septembre, se laisse le plus deviner depuis la côte.

Baleines à bosse à La Réunion : en septembre, les mères s'approchent

De juin à octobre, les baleines à bosse reviennent dans les eaux réunionnaises. Elles ne viennent pas manger, elles viennent aimer, mettre bas, apprendre à leurs petits à vivre. En début de saison, ce sont surtout les mâles et les groupes actifs que l'on croise au large. Plus la saison avance, plus ce sont les femelles et leurs baleineaux qui s'approchent de la côte, là où l'eau est plus calme et plus tiède.

Septembre est ce moment-là. Le moment où une mère, épuisée par des semaines de voyage et de jeûne, cherche un coin d'eau paisible pour que son petit se repose et tète. Le baleineau ne sait pas encore plonger longtemps, il reste en surface, il souffle, il s'ébroue. Depuis la côte de Saint-Leu ou de Saint-Gilles, il arrive qu'on aperçoive ce petit souffle à côté d'un grand. Deux jets, l'un puissant, l'autre timide. C'est toute une génération de l'océan qui se joue là, à quelques centaines de mètres du rivage.

Il faut le dire avec honnêteté : certaines saisons sont plus généreuses que d'autres, et le nombre d'individus varie beaucoup d'une année sur l'autre. On ne te promet pas une foule de baleines. On te dit simplement que, lorsqu'une mère et son petit passent, c'est un instant qui ne se compare à rien.

Le chant, une histoire de mâles

Ce chant qui monte de l'eau, ce sont les mâles qui le composent. Les chercheurs l'ont montré : au sein d'une même population, les mâles chantent tous, à un moment donné, une version très proche de la même mélodie. Une phrase longue, complexe, structurée, répétée pendant des heures. Et ce chant n'est pas figé : il évolue au fil de la saison, se transforme peu à peu, se transmet d'un individu à l'autre et parfois d'une population à l'autre, comme une culture qui voyage.

Personne ne sait tout à fait pourquoi ils chantent. Séduire, se signaler, se mesurer aux autres, occuper l'espace sonore de l'océan. Ce qui est sûr, c'est que le chant appartient à la saison de reproduction, à ces eaux chaudes où tout se joue. En Antarctique, où elles se nourrissent, elles se taisent. Ici, elles chantent.

Imagine ça : un son qui parcourt des kilomètres sous l'eau, que tu ne pourras jamais entendre depuis la plage, et qui pourtant remplit tout l'océan autour de ton île. C'est peut-être ça, le plus émouvant. Que La Réunion soit, chaque année, une scène immense pour une musique que presque personne n'écoute.

Une saison de jeûne et de patience

Pour comprendre ce que ces baleines font chez nous, il faut remonter très loin au sud. La baleine à bosse se nourrit dans les eaux froides de l'Antarctique pendant l'été austral, entre décembre et mars, où elle se gave de krill et de petits poissons pour constituer d'énormes réserves de graisse. Puis, quand l'hiver austral arrive, elle entame une des plus longues migrations du monde animal.

Les femelles gestantes parcourent près de six mille kilomètres depuis l'Antarctique jusqu'aux eaux tropicales de l'océan Indien. Et une fois arrivées, elles ne se nourrissent quasiment plus : elles vivent sur leurs réserves pendant des mois, le temps de mettre bas, d'allaiter, de reprendre des forces avant le grand retour vers le sud. La gestation dure environ onze mois, si bien que la femelle qui met bas ici, cette année, était déjà venue se reproduire dans ces mêmes eaux la saison précédente.

Il y a dans ce cycle une fidélité qui bouleverse. Ces animaux traversent un océan entier, jeûnent, donnent la vie, puis repartent, et reviennent. Année après année. La Réunion n'est pas un décor pour elles : c'est un rendez-vous.

Observer sans déranger, le pacte de l'Ouest

Croiser une baleine à bosse à La Réunion, ça ne s'achète pas comme un billet de cinéma. Ces cétacés vivent ici un moment fragile de leur vie : mettre bas, allaiter, économiser leurs forces. Une mère dérangée, c'est un baleineau qui dépense une énergie qu'il n'a pas à revendre. C'est pour ça que l'observation, sur la côte ouest, obéit à des règles précises.

Les associations locales, Globice en tête, suivent la saison, recensent les individus et sensibilisent tout le monde, plaisanciers comme professionnels, à une observation respectueuse : garder ses distances, couper les moteurs, ne jamais poursuivre un animal, ne pas se mettre entre une mère et son petit. Une baleine qui vient vers un bateau le fait par curiosité, jamais parce qu'on l'y a forcée. La plus belle rencontre, en mer, est toujours celle qu'on n'a pas provoquée.

Et le plus souvent, la baleine se contemple depuis la terre. Un souffle au loin, une nageoire qui claque, un dos qui roule à la surface entre deux vagues. Depuis un point haut de Saint-Leu ou de l'Étang-Salé, sans bateau, sans rien déranger du tout, l'océan te fait parfois ce cadeau. Il suffit de regarder l'horizon en sachant ce qui s'y joue.

Pourquoi ce chant nous touche autant

Si tu es d'ici, tu sais ce que ça fait, cette annonce de fin d'hiver : « les baleines sont revenues ». C'est un repère dans l'année, comme la floraison des flamboyants ou la première pluie chaude. Une manière de dire que l'île est vivante, que les saisons tournent, que quelque chose de plus grand que nous continue.

Et si tu vis loin de l'île, à Paris, à Marseille, ailleurs, cette phrase te serre sûrement un peu le cœur. Parce que la baleine qui revient chaque année dans les eaux de ton enfance fait exactement ce que tu voudrais faire plus souvent : elle rentre. Elle traverse tout, et elle rentre.

C'est pour ça qu'une baleine sur un mur n'est pas un objet de décoration comme un autre. C'est un morceau de ce rendez-vous, gardé près de soi. Notre affiche Baleine et son petit raconte précisément ce mois de septembre : la mère et le baleineau, ce lien-là. Pour celles et ceux qui préfèrent le grand geste, il y a la baleine en ascension, ce corps immense qui jaillit vers la lumière. Et l'affiche Baleine, plus épurée, pour celles et ceux qui veulent juste le silence de la ligne.

Trois questions qu'on nous pose souvent

Quelle est la meilleure période pour croiser les baleines à La Réunion ?

La saison s'étend de juin à octobre. Le cœur de la saison, autour de juillet à septembre, est souvent le moment où les femelles et leurs petits s'approchent le plus de la côte ouest. Septembre reste un très beau mois pour espérer voir une mère et son baleineau.

Y a-t-il des baleines en ce moment ?

En septembre, oui, il est encore tout à fait possible d'en croiser. Cela dépend des jours, de la mer, de la chance aussi. Les associations locales comme Globice suivent la saison de près et sensibilisent à une observation respectueuse, à bonne distance. Une baleine ne se dérange pas : on l'accueille.

Peut-on entendre le chant depuis la plage ?

Non. Le chant se propage sous l'eau et reste inaudible depuis le rivage. C'est justement ce qui le rend si précieux : il existe pleinement, tout autour de l'île, sans que nous l'entendions. Le savoir suffit à changer le regard qu'on porte sur l'horizon.

Garder l'île qui chante près de soi

Septembre passera, les baleines repartiront vers le froid, le lagon retrouvera son silence apparent. Mais le rendez-vous, lui, reviendra. C'est peut-être la plus belle chose qu'une île puisse t'offrir : la certitude d'un retour.

En attendant l'hiver prochain, tu peux garder un peu de ce mois-là sur un mur, dans un couloir, au-dessus d'un lit. Retrouve toutes nos affiches de La Réunion pour choisir le morceau d'île qui te ressemble. Parce que même loin, ton île continue de chanter, chaque hiver, pour qui sait l'écouter.

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