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Pointe du Raz : au bout du monde breton, là où la mer commande

Pointe du Raz : au bout du monde breton, là où la mer commande

Il y a des endroits où l'on arrive, et d'autres où l'on s'arrête parce qu'il n'y a plus de sol devant soi. La pointe du Raz est de ceux-là. À l'extrémité ouest du cap Sizun, sur la commune de Plogoff, la lande rase file vers le vide et se dresse en une proue de granit haute de soixante-douze mètres, face à la mer d'Iroise. Le vent ne prévient pas. Il te prend au visage, plie les ajoncs, et te souffle à l'oreille que tu es arrivé au bord de quelque chose. Pas au bout du monde, non. À son seuil.

Le raz, ce mot qui dit tout

On croit que « raz » désigne la pointe. En réalité, le mot appartient à la mer. En contrebas s'ouvre le raz de Sein, un passage d'environ huit kilomètres de large qui sépare la pointe de l'île de Sein, tout au sud de la mer d'Iroise. Ce n'est pas un bras d'eau tranquille. C'est un couloir de brisants et de courants de marée si violents qu'ils ont donné leur nom au lieu tout entier. Regarde longtemps : l'eau ne coule pas, elle bouscule, elle tourne, elle se cabre sur les hauts-fonds.

Les marins d'ici ont un vieux dicton pour ce passage : « Qui voit Sein voit sa fin. » Il faut le comprendre au pied de la lettre. Franchir le raz, c'était jouer sa vie contre la marée. La pointe n'est pas belle malgré la mer, elle est belle à cause d'elle, à cause de cette tension permanente entre la terre qui s'arrête et l'eau qui décide.

La côte des naufrages

Deux phares veillent sur ce chaos, plantés sur leurs rochers au milieu de l'eau. La Vieille, d'abord, bâtie de 1882 à 1887 sur le rocher de Gorlebella, silhouette carrée et têtue que les tempêtes ont mille fois recouverte. Tévennec ensuite, plus au nord du raz, au large de la pointe du Van, un phare que l'on disait maudit tant y vivre relevait de l'épreuve. Les deux sont automatisés aujourd'hui, mais leur présence dit encore la même chose : ici, la mer a pris beaucoup d'hommes.

Au sommet du plateau, tournée vers le large, une statue veille elle aussi : Notre-Dame des Naufragés, sculptée par Godebski, les bras ouverts sur ceux que la mer n'a pas rendus. À côté, un sémaphore. Autour, des légendes que les gens du pays se transmettent depuis toujours. On ne vient pas à la pointe du Raz pour un joli point de vue. On vient se tenir à l'endroit exact où le confort du continent cesse, et où commence le respect.

Le lieu qu'on a failli aimer à mort

Cette beauté a bien failli disparaître, non sous les tempêtes, mais sous nos pas. Dans les années 1960, on a construit vite : commerces, restaurants, parkings jetés sur la lande. En 1990, le site accueillait déjà un demi-million de visiteurs par an, pour à peine plus de quatre mille habitants alentour. On avait recouvert l'entrée d'un parking de deux hectares au bitume rouge, en forme de piste d'aviation, censé rappeler la couleur des bruyères. La proue de granit disparaissait derrière le béton.

Alors on a fait marche arrière, ce qui est rare. Le site est classé depuis le 21 décembre 1987, puis inscrit au programme de réhabilitation des grands sites nationaux dégradés. Les deux hôtels sont démolis en juin 1996, la cité commerciale en avril 1997. On a arraché le bitume, éloigné les voitures, laissé la lande revenir. En 2004, la pointe reçoit le label Grand Site de France. Aujourd'hui elle accueille près d'un million de personnes par an, mais rendue à sa nudité, à son vent, à son silence de bout du monde. C'est peut-être ça, sa plus belle histoire : un lieu qu'on a su aimer autrement, en apprenant à s'effacer devant lui.

Garder la pointe près de soi

La pointe du Raz ne se possède pas. On la traverse, on s'y tient un instant, le col relevé, et elle continue sans nous, comme elle l'a toujours fait. C'est peut-être pour ça qu'on a envie d'en garder une image près de soi : non pour dire qu'on y est allé, mais pour retrouver, un matin gris, cette sensation d'être au bord de plus grand que soi. Si la Bretagne des caps te parle, tu retrouveras le même appel du large à l'autre bout de la région, du côté du cap Fréhel, ou dans la cité corsaire de Saint-Malo que la marée reprend deux fois par jour.

Le bout du monde n'existe pas vraiment. Mais il y a des lieux, comme celui-ci, où l'on comprend enfin pourquoi on a inventé l'expression. Retrouve-les tous dans notre collection d'affiches de France.

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