Tout au bout de Basse-Terre, là où la montagne renonce et se change en falaise, un phare blanc regarde la mer. Le phare du Vieux-Fort, en Guadeloupe, marque le point le plus au sud de l'île volcanique. Vingt et un mètres de hauteur, une seule lanterne, et devant lui le large qui file vers Les Saintes. Quand tu arrives ici, tu comprends vite que l'île ne s'arrête pas, elle bascule.
Le bout sud de l'aile volcanique
La Guadeloupe a la forme d'un papillon. Grande-Terre, l'aile plate et calcaire à l'est. Basse-Terre, l'aile haute et volcanique à l'ouest, avec ses monts, sa forêt, sa Soufrière. Vieux-Fort, c'est la pointe de cette seconde aile, tout en bas.
La commune est la plus petite de Guadeloupe par la superficie, à peine 7,2 kilomètres carrés posés au sud des monts Caraïbes. Elle tient pourtant deux mers à la fois : l'Atlantique la borde à l'est, la mer des Caraïbes à l'ouest. Ici, on est plus exposé aux vents que partout ailleurs sur l'île, parce qu'on vit à découvert, en bordure du canal des Saintes, au pied des reliefs. C'est un village de pêcheurs, un bout de terre qui a toujours regardé l'eau.
Devant, le canal des Saintes sépare Basse-Terre de l'archipel du même nom. Depuis la pointe, les îles des Saintes se voient nettement, posées sur l'horizon. C'est le chemin des bateaux entre Basse-Terre et Pointe-à-Pitre, et le passage que traverse la Route du Rhum. Une eau de navigation et de course, jamais tout à fait tranquille.
Un fort en ruine, un phare qui veille
Le nom raconte une histoire plus vieille que le phare. Vers 1635-1640, les premiers colons français élèvent ici un ouvrage qu'ils baptisent Fort Royal. Quand un autre fort sort de terre un peu plus loin, à Basse-Terre, à partir de 1650, l'ancien devient le « Vieux Fort ». On l'appellera aussi le fort L'Olive. De cette place forte qui dominait la pointe, il ne reste aujourd'hui que des ruines. La commune, elle, en a gardé le nom.
La pierre militaire s'est tue, mais le lieu n'a pas cessé de veiller. Longtemps, cette pointe fut un endroit de naufrages. Le 16 février 1947, le voilier La Rochannia s'y échoue en cherchant sa route de Montserrat vers la Dominique. On décide alors d'y planter un feu pour la navigation. La construction commence en 1953 et s'achève en août 1955. Le phare signale l'extrémité sud de Basse-Terre et l'entrée de la partie la plus occidentale du canal des Saintes. Dans les années 1990, il passe à l'automatique. Plus de gardien, mais la même lumière.
Le phare du Vieux-Fort, repère de la diaspora du Sud
Un petit sentier mène jusqu'à son pied. On y marche pour voir de près sa silhouette blanche, et surtout pour l'horizon qu'il commande : la mer ouverte, Les Saintes au large, la lumière qui tombe le soir sur l'eau. C'est un lieu de fin de journée, de ceux où l'on s'assoit sans rien dire.
Pour qui a grandi dans le sud de Basse-Terre, ce phare n'a pas besoin de présentation. C'est le repère des marins, celui qu'on cherchait du regard en rentrant. C'est aussi le décor des dimanches, la pointe où l'on venait respirer l'Atlantique et la Caraïbe d'un même souffle. Loin de l'île, cette image tient chaud.
Avec ce lieu, la Guadeloupe se raconte enfin sur ses trois versants. Il y a l'est sauvage et calcaire de la Pointe des Châteaux, là où Grande-Terre plonge dans l'Atlantique. Il y a l'arche de pierre de la Gueule Grand Gouffre, sur la côte de Marie-Galante. Et il y a, maintenant, ce phare qui garde le bout volcanique de l'île. L'affiche du phare du Vieux-Fort fixe exactement cette lumière, celle qui dit qu'on est arrivé au sud.
Un fort qui n'a pas tenu, un phare qui tient encore. Le sud de Basse-Terre a fait le tri entre ce qui protège vraiment et ce qui n'était que de la pierre. Toi, tu peux choisir la lumière, et ramener près de toi tout un versant de la Guadeloupe.