Tu montes vers les Hauts, la brume descend à ta rencontre, et d'un coup la lumière change. Des troncs droits, serrés, brun-rouge, qui filent vers un ciel que tu ne vois plus. Le silence a une odeur de résine. Si tu as grandi à La Réunion, tu connais cet endroit par cœur, même sans savoir son nom : c'est une forêt de cryptoméria, à La Réunion, dans les Hauts. Et cet arbre qui te semble si familier vient de l'autre bout du monde.
Le cryptoméria, un cèdre du Japon à La Réunion
Le cryptoméria, Cryptomeria japonica, est un conifère originaire du Japon, où on l'appelle « sugi ». On le surnomme aussi cèdre du Japon, même s'il appartient à la famille des cyprès. Dans son pays, il peut atteindre une quarantaine de mètres. Son écorce brun-rouge se détache en longues lanières verticales, et c'est elle qui donne aux sous-bois cette couleur chaude, presque cuivrée, quand un rayon perce le brouillard.
À La Réunion, il est arrivé à la fin du XIXe siècle. Mais c'est à partir des années 1950 qu'il a vraiment pris racine dans le paysage : les forestiers l'ont choisi pour reboiser les terres défrichées des Hauts. Il supportait tout ce que l'île a de rude, les sols volcaniques, le froid de montagne, les vents des cyclones. Aujourd'hui, l'île compte environ 2 500 hectares de cryptomérias, selon une thèse menée avec le CIRAD et l'Université de La Réunion.
Où se trouve la forêt de cryptomérias à La Réunion ?
Il n'y a pas une forêt de cryptomérias, il y en a plusieurs, et chacune a sa lumière.
Petite Plaine, à la Plaine-des-Palmistes. Juste avant de prendre la route de Bébour-Bélouve, c'est la plus connue des familles. L'Office national des forêts l'a plantée dans les années 1960. Ses allées de troncs alignés, ses aires de pique-nique, ses dimanches en cari au feu de bois : pour beaucoup de Réunionnais, c'est ici que la forêt a le goût de l'enfance.
La route forestière de Bébour-Bélouve. En montant vers le col de Bébour, la route longe des plantations réalisées entre 1976 et 1986 sur d'anciens défrichés. Plus loin, à Bélouve, la forêt change de visage : place au tamarin des Hauts, l'arbre endémique, et au sentier qui mène jusqu'au belvédère du Trou de Fer.
La route du Maïdo, au-dessus de Saint-Paul. La route forestière du Maïdo s'ouvre, dès ses premiers kilomètres, sur une forêt cultivée de cryptomérias. Par temps de brume, et la brume y est presque une habitude, les troncs deviennent des silhouettes. Un sentier part d'ailleurs vers l'îlet Alcide « via les cryptomérias ». Tout en haut, c'est le balcon du Maïdo, suspendu au-dessus de Mafate.
La brume d'automne, l'heure du Japon réunionnais
En cette saison, quand l'après-midi s'installe, les nuages montent des ravines et s'accrochent aux cimes. C'est là que la forêt de cryptomérias devient autre chose. Les lignes de troncs se dissolvent, le bruit des voitures disparaît, ta respiration fait de la buée. On se croirait dans un sanctuaire de montagne japonais, et pourtant la mer n'est jamais bien loin.
Cette atmosphère brumeuse, calme, un peu irréelle, est exactement ce que l'on cherche aujourd'hui à faire entrer chez soi : un coin de silence. Si le Maïdo est ton point d'ancrage, l'affiche Maïdo garde près de toi ce balcon des Hauts, celui qu'on atteint après la traversée des cryptomérias. Et si c'est la forêt de l'Est qui te manque, l'affiche Trou de Fer ramène chez toi le bout du chemin de Bélouve.
Un arbre aimé, un arbre discuté
Il faut le dire honnêtement : le cryptoméria n'est pas un enfant de l'île. C'est une espèce exotique, plantée par l'homme, dans des Hauts qui abritaient une forêt unique au monde. Avec le temps, on a mesuré ce que cela voulait dire. Dès 2012, Les Échos parlaient d'un « contresens paysager » : ces conifères parfaitement alignés tranchent avec les décors sauvages des montagnes réunionnaises. Les nouvelles plantations ont cessé.
La suite est une histoire de patience. Là où les cryptomérias sont coupés, les forestiers luttent contre les plantes envahissantes pour laisser revenir la végétation d'origine. Sur deux secteurs de Bébour, la forêt primaire réapparaît peu à peu, aidée par des plants issus de pépinières. La forêt de Bébour est aujourd'hui entièrement dans le cœur du Parc national, et la quasi-totalité de sa surface est occupée par des habitats naturels indigènes.
Le cryptoméria, lui, reste utile. C'est la seule essence de bois exploitable dans la construction à La Réunion : charpentes, lambris, meubles, même si sa durabilité face aux termites et aux champignons reste variable, ce que la recherche locale étudie de près. La forêt de Petite Plaine fournit environ 700 m³ de bois par an à la filière locale. Aimé pour ses ombres, discuté pour sa place : c'est peut-être ce qui le rend si réunionnais, finalement. Une histoire de gens et d'arbres venus d'ailleurs, qui ont appris à vivre avec ce pays.
Garder la brume des Hauts près de soi
Tu n'as pas besoin d'y être pour la sentir. Une odeur de résine, un matin gris, et te voilà de nouveau sur la route de Bébour, vitre baissée, le froid sur les joues. Le plus beau, c'est peut-être de redécouvrir ces lieux autrement : la prochaine fois que tu marches sous les cryptomérias, lève les yeux, puis regarde plus loin, vers la forêt de tamarins qui repousse. Et pour continuer la balade, découvre la forêt du Bras des Lianes, l'autre forêt de brume de l'Est.
Pour ramener un morceau des Hauts chez toi, toutes nos affiches sont réunies dans la collection La Réunion.